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  • Biodanza-Paula

En traversant le miroir par Adriana Carla Gorlero

Dans ma pratique en tant que facilitatrice de Biodanza, j’ai constaté des signes corporels et des histoires qu’ont peu à peu partagé avec moi différent(e)s participant(e)s sur des situations d’abus sexuels vécus par eux/elles pendant leur enfance. A partir de ces informations, j’ai commencé une forme de travail qui, à partir de la Biodanza, permettrait d’aborder cette réalité corporelle qui s’actualise dans la vie adulte des personnes qui ont été victimes d’abus sexuel infantile (ASI).


Dans cet article, je décris comment le système Biodanza permet de modifier, à partir de la vivencia, les restes traumatiques chez les personnes adultes qui ont souffert d’abus sexuel dans leur enfance (Cet article fait partie de ma monographie de titularisation de Biodanza à l’école de Dique Lujan. 2011). Je vais expliquer l’efficacité du système Biodanza dans une expérience de groupe.


On considère comme abus sexuel infantile toute conduite dans laquelle un mineur est utilisé pour procurer une satisfaction sexuelle à un adule avec lequel il a une relation inégale, que ce soit par rapport à l’âge, la maturité ou le pouvoir. Elle est, d’une manière ou d’une autre, présente dans toutes les cultures et les sociétés et forme un phénomène complexe résultant d’une combinaison de facteurs individuels, familiaux et sociaux. Elle peut laisser des séquelles qui ne se guérissent pas toujours avec le temps (L’abus sexuel est une expérience traumatique et est vécu par la victime comme une atteinte contre son intégrité physique et psychologique et non pas tant contre son sexe. C’est une forme de victimisation dans l’enfance, avec des séquelles partiellement similaires à celles générées dans les cas de maltraitance physique, abandon émotionnel. Si la victime ne reçoit pas un traitement adéquat, le mal-être peut continuer même jusqu’à l’âge adulte).


La vivencia d’être abusé sexuellement dans l’enfance reste imprégnée dans le corps comme les marques de l’eau sur le papier-monnaie. Un enfant blessé peut être un adulte : en colère, manquant de confiance, insécure, peureux, mais par-dessus tout c’est un être humain qui ne peut pas développer tout son potentiel et qui « survit ». J’entends par survivre, vivre en superficie, sans engager trop le corps à la caresse et aux expériences vitales. Seulement avec la peur. Sans déployer la possibilité de nager jusqu’au fond, sans s’enfoncer dans la profondeur de la texture de la vie.


Ce sont des personnes qui vivent comme placées de l’autre côté d’un miroir, en regardant ce qui se passe. Le miroir et son cadre les « sauvent » du contact avec la vie et les protègent de vivre de nouvelles situations traumatiques. Paradoxalement, c’est aussi le miroir qui les encadre dans des limites précises, strictes, rigoureuses et les empêche de profiter entièrement de la vie.

A cause de cela et en faisant référence à sa vivencia dans une marche de détermination, Maria (prénom fictif) a dit dans un exposé de vivencia d’une séance de Biodanza : « Chaque pas est un simple pas. C’est une recherche avec le corps fermement ancré à la terre e l’âme en conjonction avec l’univers. Ainsi je veux vivre. Ainsi je veux continuer à marcher. »


Les personnes qui ont souffert d’abus ont été exposées dans leur enfance à des situations qu’elles ne désiraient pas. Elles ont accepté des actions tout en sentant dans leur for intérieur que ce qui leur arrivait était mal. Une sagesse intérieure dit à l’enfant que cette situation n’est pas bonne pour lui. Mais il doit réprimer cette sagesse devant cet adulte qui le soumet. Quand ils grandissent, ils ont besoin de récupérer cette sagesse intérieure. Danser la confiance développe le fait d’écouter à nouveau ce que le corps exprime et à agir en conséquences.


Le système Biodanza permet de réparer en simultané à trois niveaux. Elle propose d’aller du particulier au lien et de là au communautaire, et au cours de la séance, offre la possibilité de danser trois instances.


Un premier niveau : les danses individuelles qui éveillent des vivencias qui modifient l’estime de soi, la confiance et la récupération de la joie de vivre. Dans un deuxième niveau, on génère des vivencias réparatrices du lien avec l’autre (« Le lieu de l’indicible » comme l’appelait Eva Giberti ce qui provoque le trauma de l’abus sexuel infantile), on danse la relation avec les autres. Dans un troisième niveau, on développe le communautaire qui est de danser la possibilité d’entrer sans peur dans la vie de la communauté.


Une fois que qu’on a pu traverser les étapes d’acceptation, d’amour de soi et la possibilité d’établir des liens amoureux avec l’être humain, on se sent faire partie de quelque chose de plus grand qui nous transcende.


Le système Biodanza offre la possibilité d’une nouvelle manière de vivre, d’entrer en relation et d’être dans le monde, imprimant sur la trace douloureuse un réapprentissage, celui de vivencias corporelles gratifiantes et réparatrices qui développent chez l’être humain ce que le trauma lui a enlevé.


En tenant compte que « Maltraitance infantile est tout acte d’omission ou de soumission sur des enfants, exercé par un adulte, tant par action (leur causer des dommages physiques ou psychologiques), que par omission (ne pas leur offrir de soins appropriés ou les priver d’affection) et dans cette maltraitance infantile, nous définissons l’abus sexuel comme : contacts ou interactions entre un enfant et un adulte dans lesquels le mineur est utilisé pour la gratification sexuelle de l’adulte ». (Garbarino-Eckenrode, James et John, 1999, « Por que las familias abusan de sus hijos ». Ed. Granica, Espagne).


Ce préjudice reste sous forme de séquelles qui déterminent la vie de cet enfant à l’âge adulte. L’expérience infantile de la maltraitance dans la vie d’un être humain a pour conséquences dévastatrices que peuvent peut-être se manifester plus tard sous la forme d’un comportement antisocial et autodestructeur : lésions corporelles, baisse de l’estime de soi, angoisse, anxiété, manque d’empathie, difficulté à établir des relations sociales, addiction aux drogues ou à l’alcool, délinquance, suicide et troubles tels que l’asthme ou des maladies psychosomatiques. Les personnes adultes qui ont souffert d’abus sexuel infantile portent sur eux la charge du trauma non résolu à la façon d’un papier journal déchiré, impossible à recoller. Le dommage provoqué par la situation violente reste et les empêche d’exprimer tout leur potentiel.


Je me suis trouvée quotidiennement avec des personnes qui racontaient avec une douleur profonde, une honte et une culpabilité leurs expériences d’abus dans leur enfance. En reprenant l’exemple de Maria, au début des séances, elle avait les yeux tristes, comme vides. Des yeux qui avaient déjà croisé la mort. Maria a dit concernant sa vivencia dans une ronde de regards : « A chaque pas j’ai plongé dans les regards des autres comme s’ils m’inondaient d’amour et de lumière. Et quand la ronde s’est terminée, magiquement, le monde s’était transformé en un lieu merveilleux. »


La reparentalisation

L’abus sexuel dans l’enfance est l’échec du tabou de l’inceste en tant que régulateur social. C’est en plus l’échec de l’amour filial et de l’affectivité des premières années de vie. Soigner le lien avec les adultes signifie laisser derrière la colère, la peur ; signifie pardonner et accepter. Je reconnais qu’aux oreilles de celui qui a souffert d’abus sexuel infantile, ceci semble étrange, quasi impossible. Cette réparation devient possible dans la vivencia de se perdre dans un bercement humain et de se sentir protégé.


Pourquoi traverser le miroir ?

Je considère que la pire des séquelles des personnes ayant souffert d’abus sexuel dans leur enfance est la sensation d’être « de l’autre côté du miroir ». Protégé et encadré. Le même verre qui protège de tout trauma possible est aussi l’espace circonscrit et délimité qui enferme en amenant dans l’ici et maintenant, encore et encore, le trauma.


Etre de l’autre côté du cristal signifie être seul, en regardant passer la vie voilée, de l’extérieur.

Tendre la main et accepter l’invitation de biodanser est un défi. C’est oser traverser ce verre et aller à la rencontre de la vie dans toute sa texture. Quand les personnes traversent le miroir imaginaire de l’autre côté elles trouvent : des mains amoureuses, des yeux dans lesquelles voir leur image et la possibilité infinie de vivre pleinement aujourd’hui, ici et maintenant.

Le système Biodanza leur permet d’entrer dans l’espace de l’innommable, laissant derrière le monde de l’indicible. Vivre confiant dans le mystère, traverser les fossés, les espaces vides. Sentir que le miracle de la création est dans le quotidien. Établir un nouvel ordre dans lequel la magie est possible.

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Ecole de Biodanza Rolando Toro de Lyon, Association Vivre et Danser W691061660, ecolebiodanzalyon@sfr.fr +33(0)616861480

Mise à jour 12/10/2020

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