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La transcendance par Raúl Terrén et Verónica Toro

La transcendance est l’instinct de fusion avec la totalité, le fait de d’abandonner à l’utérus cosmique.

Nous ne faisons pas référence à « l’au-delà » mais à la sensation d’harmonie existentielle intense et la participation écologique entière qu’on peut expérimenter dans les moments subtils de la vie quotidienne »

Rolando Toro Araneda

Djamuid O’Murchu, dans son livre Théologie Quantique, affirme que la danse est née comme un moyen primaire de donner du sens et une signification à la vie. C’est la première et la plus ancienne forme de religion. En termes anthropologique et évolutifs, toute danse est sacrée.

Pendant des milliers d’années, avant le développement de la religion formelle, les humains ne faisaient pas la distinction entre sacré et profane. À son origine et pendant son évolution, la danse est fondamentalement spirituelle, sa fonction première innée est de faciliter le contact avec le divin.

Selon l’ethnologue Joachim Wach, à son origine, la danse était un moyen d’affirmer la cohésion du groupe dans sa communion avec la nature, avec les ancêtres et avec la source de la vie. Elle s’expérimentait toutefois comme une totalité et non dans une forme rigide et fixe mais comme un conglomérat de mouvement et d’énergie, souvent chaotique, mais caractérisé fondamentalement par un rythme, un modèle et une interconnexion.

Ainsi, beaucoup de grandes expériences de danses dans la préhistoire furent liées à la chasse, au changement des saisons, à des moments de transition dans la vie humaine (naissance, mort, rites de passage) et à des événements de la nature (pluies, tempêtes, sécheresses).

La danse était une expérience de l’imagination créative, un moment de transformation humaine/divine, une connexion temporelle/spatiale avec la force de vie créative que, des milliers d’années plus tard la religion formelle a appelé « Dieu ».

La ligne de transcendance, en Biodanza, est celle qui surgit du lien avec tout ce qui existe. Elle ne consiste pas seulement à s’éloigner du lieu de l’ego pour entrer en empathie avec les autres, mais aussi à se dépouiller de celui-ci pour se sentir parie de la totalité. Le chemin plus assertif pour cela est le lien et l’harmonie avec la nature.

On pourrait se demander quel type de nature peut se trouver dans une salle où se déroulent les séances de Biodanza en pleine ville. Une réponse possible est de reconnaître que nous, êtres humains, sommes la nature.

La sensation par excellence de la ligne de transcendance est ces moments où l’on sent que tout est en ordre, ce sont des instants de grande clarté et d’harmonie. L’important est comment chacun se place dans l’univers pour le percevoir.

Quand nous entrons dans une forêt et percevons beaucoup plus qu’un groupe d’arbres et leur utilité pour construire des maisons ou des objets, quand nous nous laissons pénétrer par leur présence profonde, leur odeur, leur place dans l’univers, nous entrons en contact avec l’essence qui est liée à tout ce qui existe.

Alors surgit une profonde sensation de gratitude que tant les arbres que nous-mêmes soyons vivants.

Il n’est pas nécessaire que quelque chose de spécial se produise car c’est une perception particulière, un état d’extase.

L’extase implique la sensation d’être intensément vivant, c’est quelque chose qui arrive peu de fois dans la vie. Il s’agit d’une vivencia d’embellissement, enchantement, plaisir profond et bonheur qui peut être associées à différentes expériences humaines : le chemin mystique, la sexualité, la danse, la poésie, la musique, le contact avec la nature, la création artistique et scientifique, les voyages, la communion affective dans les liens profonds comme une mère et son enfant et aussi l’amitié intime.

L’extase va toujours de pair avec la passion, mot qui génère de grandes polémiques car beaucoup utilisé et avec de nombreuses significations, souvent opposées. Dans notre culture, être passionné est merveilleux et nous pensons cependant également que «se laisser emporter» par les passions est un peu dangereux.

Il semblerait que le chemin de l’extase c’est marcher passionné et ne pas attendre l’extase à la fin du chemin.

Transcender l’ego

La vivencia de transcendance englobe la capacité de fusion dans le lien avec les autres et avec la nature, c’est sentir qu’on fait partie de la création, que rien n’est séparé, que tout est en relation. C’est une expérience très intense.

Ce qu’il faut savoir est qu’on ne peut pas être dans cet état tout le temps. Pour traverser la route, conduire ou faire des courses, il faut avoir les sens en éveil et un état mental d’alerte.

La dimension de la transcendance est bien plus réprimée ou niée que la sexualité, il est plus couteux d’avoir accès à la vivencia transcendante qu’à l’érotisme, parfois parce qu’on la perçoit comme « optionnelle ». Ce niveau d’expérience que l’on cherche dans les états mystiques, avec de profonds changements dans le niveau de conscience, demande une énergie à laquelle nous ne sommes pas tous préparés. La progressivité est donc fondamentale, c’est le facteur qui va permettre d’assimiler pas à pas les nouvelles vivencias.

Beaucoup de difficultés avec la sexualité ont leur racine dans la transcendance parce que, en définitive, l’orgasme est une expérience transcendante, d’abandon, de perte de contrôle. Cela remplit de panique ceux qui sont accrochés à l’ego.

Il y a quelques années, nous avons reçu une participante amenée par sa psychothérapeute à cause d’un vaginisme sévère. Elle est arrivée à la séance avec beaucoup de préoccupations pour ce thème qui mettait en péril sa vie de couple. Elle aimait profondément son époux et désirait une relation satisfaisante avec lui et pourtant elle ne semblait n’avoir aucune possibilité de plaisir sexuel.

Dans notre travail sur la ligne de la transcendance, nous faisons des exercices qui demandent beaucoup d’abandon et de lâcher-prise, qui permettent de perdre l’ego, « d’abandonner » la tête, de sentir, avoir confiance, se connecter avec soi-même et avec l’univers et d’expérimenter une expansion de conscience.

Bien qu’avec cette participante nous n’ayons pas fait une approche centrée sur la ligne de la sexualité, elle a, en peu de temps, expérimenté une sensation d’abandon et de lâcher-prise qui lui a permis de vivre sa sexualité d’une façon totalement nouvelle pour elle, de façon relâchée et réceptive. En peu de séances, elle réussit à supprimer son vaginisme.

Ceci résume également le fait que la séance de Biodanza est un laboratoire dans lequel s’élabore une problématique à partir d’une vivencia réelle, mais dépouillée du contexte conflictuel.

Si, avec la participant, dans cet exemple, nous avions abordé le thème à partir de la sexualité, nous nous serions uniquement centrés sur le problème et peut-être que celui-ci ce serait approfondi au lieu de se résoudre d’une façon plus détendue et affective à la fois. C’est le cas dans de nombreuses spécialités médicales ou thérapeutiques qui optent de focaliser sur le problème, de le mesurer, de faire des études et de lui donner une importance qui donne des résultats qui vont à l’encontre de l’objectif essentiel de guérison.

Le bénéfice fondamental de notre pratique, au contraire, est de focaliser sur la santé et de potentialiser ce qui fonctionne normalement, ce qui se traduit par un effet thérapeutique sur ce qui dysfonctionne.

Nous sommes, même avant de naître

Dans la ligne de transcendance, il y a un exercice très significatif qui consiste en la connexion profonde avec les ancêtres.

Nous somme l’identité d’aujourd’hui grâce à de nombreux êtres qui sont passés par la vie et qui, dans leur grande majorité, ne sont plus là mais font partie de notre mémoire et de notre histoire cellulaire. Nous entrons dans une connexion profonde avec notre passé qui forme notre être aujourd’hui.

Le passage du temps nous donne une autre dimension de notre transcendance : nous sommes tellement passagers que notre vie dans l’univers n’est qu’un très bref instant. L’idée du culte à nos ancêtres est une connexion profonde avec soi-même. Nous nous élevons vers les étoiles, vers l’infini, l’univers, vers l’inconnu et vers l’arrière, vers le passé, en entrant en connexion profonde avec ces êtres, dont nombre d’entre eux nous sont inconnus et qui font partie de notre présent, notre histoire et notre être.

En plus d’avoir des ancêtres humains et animaux, plus loin dans le temps, nous avons des ancêtres cosmiques. Comme l’affirmait Carl Sagan « nous sommes des poussières d’étoile », dans le sens le plus littéral du terme. Le calcium de nos os provient d’étoiles de seconde génération, comme le fer de notre sang.

Cette approche donne une grand ouverture à notre identité et est un insight qui nous conduit à l’expérience de totalité (pour certains, la divinité).

En Biodanza, nous savons que la clé pour accéder à l’expérience transcendante est en nous, de sorte qu’il n’y a pas d’anxiété mais de la confiance dans le fait que nous ayons la capacité de l’appeler et de la partager en approfondissant le lien avec nous-même, avec les autres et avec tout ce qui existe.

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Ecole de Biodanza Rolando Toro de Lyon, Association Vivre et Danser W691061660, ecolebiodanzalyon@sfr.fr +33(0)616861480

Mise à jour 12/10/2020

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