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Pour une phénoménologie des émotions par Rolando Toro Araneda


S'il est vrai qu'il existe des modèles de base de réponses émotionnelles (joie, tristesse, amour, haine, peur, etc.), les émotions apparaissent chez l'homme presque toujours d'une manière combinée et atteignent une grande complexité. Chaque réponse émotionnelle est une Gestalt qui possède une structure, une intensité, des nuances, des couleurs et des significations propres.

La littérature, la peinture, la poésie, la musique sont capables de susciter des vi­vencias hautement complexes et subtiles, d'une grande intensité. Un poème, une chanson peuvent arracher des larmes. Un conte peut provoquer de l'effroi, un éclat de rire ou d'insondables sentiments de mystère. On trouve dans la peinture toute l'iconographie des passions, des instincts et des émotions humaines. Bruegel, Bosch, Dürer, Léonard de Vinci, Rembrandt, Goya ont révélé, par leur génie pictural, les profondeurs psychologiques de l'être humain.


Les émotions ont toujours différentes dimensions. La haine, par exemple, peut être liée au désespoir, à l'abattement, à la douleur. La surprise peut être combi­née avec la panique, le désir avec la timidité, etc. Le même sentiment de joie peut avoir des qualités très différentes. La joie euphorique qui éclate dans une fête est une forme très différente de la joie intime qui arrache des larmes de bon­heur. La joie extatique que suscite l'écoute de "La passion selon St.-Jean" de Bach est différente de celle que provoque la contemplation de l'océan au lever du jour.

Les grands génies de la littérature, les poètes et les romanciers sont ceux qui ont le mieux décrit les émotions.


La peur, avec ses nuances létales et ses masques effrayants, a été décrite par Edgar Alan Poe, Bradbury, Loovercraft. L'angoisse devant la malignité humaine a été exprimée par Kafka. Les émotions subtiles face aux actes quotidiens, la joie ingénue, les peurs simples, la pudeur se trouvent dans les contes de Katherine Mansfield. La passion lesbienne, avec ses abîmes et ses plaisirs, est remarqua­blement décrite dans le roman de Violette Leduc "La Bâtarde". L'amour homo­sexuel, comme manifestation purement sublime et non génitale, se trouve dans "Démian" de Hermann Hesse et dans "Mort à Venise" de Thomas Mann. L'amour homosexuel d'un homme pour un enfant est décrit par Oscar Wilde dans "Le prêtre et l'alcoolique". Les tourments de la culpabilité sont traités avec génie par Dostoievski. Les émotions les plus complexes en relation avec les personnes ainsi que la compréhension profonde des sentiments réprimés se trouvent dans "La Vague" de Virginia Woolf. L'amour inquiétant d'un homme mûr pour un ado­lescent se trouve chez Nabokov.


Le sentiment de fatalité et d'impuissance face au destin se trouve dans les pièces d'Eschyle. La joie dionysiaque, les instincts sans frein dans les "Bacchantes" d'Euripide.


Shakespeare a été l'un des visionnaires les plus géniaux des passions hu­maines. La malignité, l'ambition, la vengeance dans la pièce "Macbeth"; la rébel­lion devant les desseins de l'univers après la perte du pouvoir et de la gloire dans "Le roi Lear"; les doutes métaphysiques dans "Hamlet"; l'amour pur de l'adolescence dans "Roméo et Juliette"; l'amour sans réponse qui, dans sa dou­leur inconsolable, cherche refuge dans la folie, dans la divine "Ophélie"; la ja­lousie qui conduit au meurtre dans "Othello".


La liste des auteurs et des œuvres est inépuisable mais, sans aucun doute, la description et le témoignage des passions humaines, des émotions et des senti­ments, ont été réalisés par les génies de la littérature et non par les psycho­logues qui, en général, ont une vision réductrice, simpliste et superficielle du monde des vivencias.


La psychologie souffre d'un énorme vide en ce qui concerne l'étude des senti­ments fondamentaux, tels que la plénitude, la fraternité, le désir sexuel, l'extase, l'intimité, l'étonnement et, bien entendu, les vivencias esthétiques et mystiques.


L'étude des émotions en psychologie a consisté principalement à les décrire, les classifier et établir leurs effets neuro-humoraux (psychosomatiques). Isoler les émotions semblables, telles la tris­tesse, la compassion, la mélancolie, l'amer­tume, la souffrance morale a constitué le travail subtil de la Sémiologie psycho­logique.


Comme un chimiste, le psychologue s'est préoccupé d'isoler les élé­ments et de décrire leurs caractéristiques. Sans doute il est utile de se rappeler que la psy­chologie est une science du complexe et qui tra­vaille essentiellement avec des situations gestaltistes.


L'étude phénoménologique des vivencias a franchi un pas décisif en travaillant dans une optique de la Gestalt et quand on étudie, non les émotions isolées, mais la combinaison entre elles, ce qui amène à des entités psychologiques complètement nouvelles et avec des caracté­ristiques surprenantes. Ainsi, par exemple, la mélancolie combinée avec la rage donne l'élan à des actes créatifs ce qui permet de sortir de la prostration.





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Mise à jour 12/10/2020

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