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Les mots dans la séance de Biodanza par Silvia Somaré

« Nous ne pouvons pas échapper au langage. Bien-sûr, les spécialistes peuvent isoler l’idiome et le transformer en objet. Mais il s’agit d’un être artificiel arraché à son monde originel car, à la différence de ce qui se passe avec les autres objets de la science, les mots ne vivent pas hors de nous. Nous sommes son monde et elles sont le nôtre ».

Octavio Paz


Chaque séance de Biodanza est structurée en trois sections : un premier moment qu’on appelle « exposé des vivencias », suivi par la partie « théorique » où chaque facilitateur expose l’objectif de la séance et, enfin, la partie vivencielle proprement dite. Je considère pourtant que chacun de ces moments sont vivenciels ou générateurs de vivencia et que le langage pulse en chacun des participant du groupe par les mots que nous partageons à partir de son propre ressenti, le ressenti de l’autre et celui de l’invitation du facilitateur. Comme l’affirme l’éducation biocentrique: « formuler des mots vécus c’est naviguer à travers le flux de la vie en se laissant emmener par des courants de silence harmonieux où les mots dansent fidèles, guidés par le pouvoir du

cœur ».


L’exposé des vivencias : la parole vivencielle

L’exposé des vivencias se développe dans le premier moment de chaque séance de Biodanza et c’est dans cet espace-temps partagé en intimité que chaque participant du groupe va avoir l’occasion de raconter son ressenti de ce qu’il a vécu dans la séance précédente et même, s’il en sent la nécessité, de partager quelques aspects de sa vie personnelle.

C’est un moment dans lequel une profonde connexion avec soi-même et le groupe se produit, un moment d’abandon et de confiance pour la personne qui parle et de respect et d’empathie pour les personnes qui écoutent. L’exposé des vivencias nous amène à revivre de façon émotionnelle la vivencia qui se partage en ce moment si nous ne le laissons pas être « seulement un temps pour raconter ce qui nous est arrivé » mais être une vraie vivencia qui renforce le processus personnel de chacun.


En tant que participant de différents groupes de Biodanza, j’ai pu expérimenter que chaque facilitateur donne à ce moment une modalité différente, au-delà des règles établies méthodologiquement. Par exemple, l’étendre au-delà de ce qui est conseillé en introduisant des thèmes qui n’ont rien à voir avec les vivencias, ni avec des aspects personnels, en permettant aux groupe de répondre à celui qui fait son exposé. Bien que la méthodologie nous donne les règles sur comment doit être fait ce moment, il est toujours possible de l’assouplir et, si le groupe en a besoin, de permettre ce qui n’était pas prévu au départ. Il est clair pourtant que si cette façon s’installe et devient habituelle, on détournerait un espace qui est essentiel pour le processus des participants du groupe.

Un des sept pouvoirs de la Biodanza qui permet d’obtenir le développement des potentiels et la réhabilitation existentielle est le groupe. Le groupe compris comme matrice de renaissance qui permet l’intégration affective et constitue un réseau d’interactions très puissantes. C’est le facilitateur qui a la responsabilité de ne pas perdre de vue cet objectif.


Comme le dit la facilitatrice Estela Piperno : « étant donné que ce système choisit un chemin plaisant avec un objectif transcendant, il est important que le facilitateur captivé par le plaisir du présent ne se distraie pas de l’objectif et que le processus soit détourné en devenant « une proposition de récréation pour les loisirs ». En gardant un aspect affectueux et cordial, le facilitateur doit clairement observer et intervenir quand il le considère nécessaire, afin de recentrer, par exemple quand un participant s’étend trop dans l’exposé des vivencias en l’invitant à synthétiser ».


La grande majorité des personnes qui arrivent à la Biodanza viennent avec des cuirasses qui sont là à cause d’un manque de confiance, d’une déconnexion, de blessures.


Comme le dit Virginia Gawel : « Coquilles, coquilles, coquilles… Nous humains sommes comme des noix : nous circulons dans la vie gainés dans des coquilles si épaisses que si quelque chose ou quelqu’un ne la sépare pas au milieu, la pulpe croupit d’être tant enfermée… Que ressent la pulpe ? Elle est noyée de tristesse d’une solitude évitable. Parce qu’il y a une autre option : celui qui, prudemment, en sondant la qualité interne de ceux qui l’entoure, choisit ces quelques personnes devant lesquels il se décortique. Si nous ne les trouvons pas dans notre environnement immédiat, redevenons nomades tant que cela est nécessaire jusqu’à trouver ce qui est rare et bon : un semblable. Quelqu’un qui ressent aussi la valeur de s’offrir ainsi : amicalement. »


Ce moment de la séance est donc vivenciel bien qu’on perde souvent de vue cette dimension, la parole prend vie.


Comme le dit Rolando Toro : « Ce processus est un passage de la vivencia à l’émotion et de l’émotion au sentiment, parce qu’en relatant sa vivencia, le participant assume l’expérience vécue. C’est un processus de renforcement de l’identité par l’expression de soi-même dans un groupe. »


Le langage dans l’approche théorique de la séance.

Le système Biodanza a un appui théorique puissant où convergent de nombreuses disciplines, entre autres l’anthropologie, la psychologie, la biologie, la sociologie et il s’est nourri et continue à se nourrir de tout ce qui appartient à la vie.

Je me rappelle que pendant mon passage à l’école, on nous invitait souvent à lire, non seulement les fascicules mais des livres aux thèmes les plus divers afin de nous nourrir et « répondre » d’une façon consistante aux objectifs de notre pratique.

Edgar Morin nous dit qu’il y a une inadéquation qui existe entre nos connaissances, qui sont toujours plus spécialisées et fragmentées, et les problèmes que nous devons affronter qui sont chaque fois plus complexes et globaux. Il s’agit de la connaissance en tant que formation humaine, de connaître avec science et conscience pour répondre à partir de notre être et à partir de notre profession.

La proposition du système Biodanza, pour ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de la connaître, peut devenir merveilleuse et défier nos propres croyances. D’où l’importance de la façon dont chaque facilitateur va approcher avec ses mots cette connaissance afin que chacun puisse progressivement incorporer son bagage existentiel. C’est le moment de la séance où le langage est le chemin. La façon de passer la théorie est importante pour qu’il n’y ait pas un sentiment de rejet, d’impact ou de « choc » avec le bagage existentiel et culturel de chacun.

La métaphore donnée par Estela Piperno me plaît beaucoup. Elle associe « le rôle du facilitateur à un semeur » et il me plaît encore plus de penser à la parole vivencielle comme à une semence et comme à une terre fertile en même temps, à une parole qui amène de la vie à la vie, à la connaissance que transmet le facilitateur avec cohérence et consistance mais rempli d’amour et de respect en valorisant ce que chaque personne porte.

Dans l’éducation biocentrique, le professeur Cézar Wagner nous dit que le processus de transmettre des savoirs doit se produire à partir de l’acte de vivre et de la perception des personnes et des groupes, de leurs réalités, de leurs possibilités, leurs sensibilités et leurs capacités d’interaction, de cohabitation et d’apprentissage.

Selon mon expérience personnelle dans des groupes réguliers de Biodanza, ce moment de la séance m’a amené à approfondir les vivencias, à me découvrir, à me reconnaître, à me confronter et à m’émouvoir quand ce que je mettais en mots m’amenait à comprendre le pourquoi de beaucoup de choses de ma vie. Il a également été très important d’avoir eu des facilitateurs qui ont permis que le groupe s’exprime en ouvrant cet espace pour des enrichissements mutuels.


La consigne : une métaphore qui invite à la vie

« Faire de notre vivencia une danse est en réalité être un poème. »

Rolando Toro


Étymologiquement, inviter signifie : demander à une personne qu’elle participe à un événement ou à une célébration.

Animer ou convaincre une personne pour qu’elle fasse une chose.

Pour moi la consigne c’est cela : une invitation à entrer dans la vie, une métaphore qui nous amène à renaître, à nous passionner, à fluer, à nous érotiser, à nous laisser être. C’est le mot qui danse en nous.


Comme le dit le professeur Carlos Garcia : « ce qui facilite la rupture avec l’expérience et permet ainsi de s’ouvrir au nouveau, c’est-à-dire à vivencier ».


Chaque facilitateur, comme être unique et singulier, en donnant la consigne d’un exercice, mettra son essence dans le langage et ainsi, la même séance, même avec les mêmes exercices ou danses mais faite par différents facilitateurs, amènera à des vivencias très différentes. Il est évident également que chez chaque participant du groupe, à partir de son individualité, cette invitation à danser produira des effets différents.

Inviter et être invités, deux dimensions qui entrent en communion, qui se conjuguent, qui peuvent amener à se connecter ou non avec cet ici et maintenant pour la danse profonde de l’être.

Personnellement, la parole vivencielle m’arrive beaucoup plus par le langage poétique et je ne me réfère pas à la poésie telle que nous la concevons habituellement, comme un poème, une prose.

Je parle de sentir que chaque invitation faite d’une manière authentique, ressentie, affectueuse, imprégnée d’amour m’envahit et m’amène par un chemin différent que celui que je parcours chaque jour dans mon quotidien. Je sens que le facilitateur, en plus d’être un semeur, est un alchimiste qui par ses mots ouvre des portes vers nous, vers les autres, vers la vie.

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