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Le temps hors du temps par Jorge Terrén

Un enfant demande : « Papa, qu’est-ce que le temps ? ». Le père ne veut pas répondre vite, ni dire qu’il ne sait pas, il cherche dans ses livres universitaires et trouve : « Nous définissons la seconde comme 9.192.631.770 cycles de la fréquence associée à la transition entre deux niveaux énergétiques de l’isotope césium 133 »


Dans un lieu plus oriental, un père hindou comprend l’unité de base du temps réel comme le « temps nécessaire pour cuire le riz ».


J’imagine la quantité de réponses différentes pour la même réponse, et l’expression sur le visage de ces enfants (et des grands), de perplexité, d’incompréhension et de doute.

Nous allons prendre en compte différentes définitions parce que celles-ci changent au fur et à mesure que la connaissance augmente. Avec Newton, le temps était absolu. Einstein l’a considéré relatif et aujourd’hui David Bohm, l’appelle insignifiant.


Supposons un moment qu’il n’y ait rien ici dehors pour étudier de façon objective, mais que les choses se passent à l’intérieur de nous et fluent de là en créant la description du monde que nous croyons d’une solidité qui ne peut être remise en question.


Cette description change avec l’âge (les enfants ne voient pas la même chose que nous), aussi avec l’éducation, l’état d’âme, la santé, etc.


Je veux dire que nous pouvons supposer que nous sommes participants à une certaine création du monde (dans laquelle nous sommes), n’oubliez pas qu’à partir de la physique quantique, l’observateur s’appelle PARTICIPANT.


Aujourd’hui, pour vivre en société, nous avons besoin de consensus et nous nous mettons d’accord pour mettre des noms à une description commune et à ce que nous appelons la REALITE. Aujourd’hui nous parlons de nouveaux paradigmes, de nouvelles manières de penser de vieux problèmes.


Selon Humberto Maturana, la vie est définie par son AUTOPOIESE, c’est-à-dire la capacité essentielle qu’a tout organisme vivant de se reproduire de façon permanente, c’est-à-dire de reproduire dynamiquement à la fois tous ses composants et les relations organisationnelles entre ces composants.


Le temps n’échappe pas à tous ces nouveaux concepts, pour Ilya Prigogine, « l’homme peut être temporel et éternel, il est temporel quand il tombe dans la durée, dans l’histoire, dans l’irréversibilité, dans le quotidien, dans la routine, la pesanteur, le profane. Il est éternel dans le sacré, le réversible, l’instant, le mystique ».


C’est ici qu’arrivent deux dieux qui illustrent bien ces deux temps si distincts :

1. Le dieu CHRONOS qui représente un temps linéaire, horizontal, celui du passé, du présent et du futur, le temps de la montre. C’est le temps de la durée, mécanique, qui pourrait être représenté comme les rails d’un train qui va de gare en gare et finalement à la mort.

2. Le dieu KAIROS représente un temps sensible, qui ne passe pas, un temps vertical, de profondeur et de hauteur, le temps de l’éternité, le temps de l’instant.


La science du chaos s’approche de ce temps VIVENCIEL en représentant l’empreinte fractale du temps ainsi :

Chronos est un temps mesurable, quantifiable, c’est un temps externe qui est dehors, il est objectif, il a un devenir indépendant de nous. Il est une pure interprétation de l’homme pour expliquer comment les choses se passent.

Avec Kairos, les choses ne se passent pas. Elles SONT. C’est un temps existentiel, qualitatif, interne, subjectif, magique. L’instant ne peut s’interpréter, il se PERçOIT seulement, et cela demande la mort de l’interprète (ego).


Le passage d’un temps chronologique, profane à un temps éternel, sacré est la CEREMONIE. Mircea Eliade définit le RITE comme une abolition temporelle et pour V. Sánchez : « Le rite, la cérémonie, est le temps HORS DU TEMPS. C’est l’espace où les êtres humains seront transfigurés et auront à incarner les êtres magiques qui leur parlent de leurs chansons et de leurs légendes. C’est le temps magique dans lequel les êtres de pouvoir, de lumière, d’amour et de connaissance viennent sur Terre et se mélangent avec les hommes, ou dit d’une autre façon, le temps dans lequel les hommes deviennent les êtres magiques qu’ils rêvent d’être ».

Nous échappons de ce temps sensible par peur de la mort.


Comme elle est inexorable, nous tombons dans le faire pour que notre existence soit justifiée, plus nous faisons, plus nous croyons que nous vivons et le consensus général veut que cela soit ainsi.


Pourtant nous naissons et mourons à chaque instant. La sensation de mort est très forte dans le temps qui se mesure, dans la durée parce que nous ne connaissons personne qui a 180 ans. Pourtant quand nous entrons dans le temps sensible, éternel, la poésie apparaît et mon grand-père en a écrit une :


Sonnet pour le plus jeune petit-fils

« Ne t’angoisse pas de savoir que tu devras me perdre

personne ne meurt complètement s’il a semé,

personne ne meurt complètement s’il est aimé.

Quand tu regarderas tes yeux tu pourras me voir,

parce que je me suis tant regardé dans tes yeux,

que je crois que je me suis versé dans tes yeux

Francisco Suaiter Martinez


Le temps de la durée est une anesthésie pour le sentir, le ronron de la vie quotidienne nous endort. C’est le temps du Faire qui selon L. Dossey nous conduit à la maladie de l’urgence (hypertension, maladies du cœur, stress, dépression immunitaire), parce que le temps nous épuise et nous amène tout de suite à la mort.


La perception du temps comme quelque chose qui ne passe pas amène la tranquillité, la sérénité, la paix. C’est la sensation d’être en lien avec tout ce qui existe, un sentiment de calme et d’abandon, le contraire de l’urgence.


Le temps a à voir avec la santé, avec la perception du monde qui n’arrive pas mais qui EST. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui est le plus âgé mais celui qui a le plus SENTI la vie.


Personne ne peut mesurer l’espace parcouru par un regard, ni le temps d’un orgasme. Notre mémoire efface des années et se souvient d’instants, elle efface d’énormes étendues et se souvient de détails, seulement parce que le filtre est l’intensité de la vivencia et non les magnitudes mesurables en soi.


Einstein a toujours parlé du temps comme d’une illusion, bien que selon lui assez tenace. La Fontaine disait que les illusions ne nous trompaient jamais bien qu’elles nous mentent toujours.

Le PARADOXE existe parce que, comme la droite est faite de points sans dimension, le temps de la durée est composé d’instants éternels. Souvenons-nous de Salvador Dali avec ses « montres molles » ou Vinicius de Moraes parlant de l’amour « qui est infini alors qu’il dure ».


Je crois qu’ils nous ont très bien raconté comment est le monde et comment se mesure le temps, que ce plan connu nous a attrapé et ne nous a pas laissé expérimenter nos propres sensations, croire en nous, accepter le défi d’apprendre de nous-mêmes.


Nous avons besoin d’incorporer KAIROS, d’abandonner la clarté excessive du connu et d’affronter le MYSTÈRE du présent.


La porte d’entrée à ce mystère est le rite, la cérémonie et, pour cela, il faut un changement d’attitude dans le quotidien. Si nous sommes présents et, comme disent les adolescents, « nous émettons des ondes positives », ce moment est un espace rituel, quel qu’il soit, et cette attitude permet de changer le regard (conceptuel) pour une vision (vivencielle). Selon M. Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. »

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Mise à jour 12/10/2020

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