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De l’ « art de soigner » à l’art de vivre par Ana Maria Alberti et Guillermo Retamosa

La médecine a traditionnellement défini quoi faire dans l’ « art de soigner ». Dans son évolution, elle a modifié ce concept : « de l’art de soigner à la science et à l’art de prévenir et soigner ». Cette modification indique qu’elle focalise la maladie et la santé à un premier niveau de prévention incluant des actions de promotion de la santé et de prévention des maladies.

Dans les groupes de Biodanza, avec des personnes avec différentes pathologies et différents traitement, le premier défi est de trouver les confluences entre les différentes disciplines thérapeutiques et la théorie et la méthodologie du système Biodanza, afin que les actions pour récupérer la santé et le désir de vivre des personnes se complètent de façon synergique.

Afin de donner des réponses aux besoins et aux caractéristiques des groupes, la Biodanza a évolué en développant des applications et des extensions où elle inclut des apports d’autres disciplines cohérentes avec le Principe biocentrique et sa méthodologie vivencielle.

La Biodanza est un art qui parcourt le chemin inverse à la maladie : elle développe les capacités de santé que chaque participant a bien au-delà de sa maladie en aidant à la récupération. Elle partage avec la médecine le fait que, une fois la maladie installée, il y a des niveaux de prévention, secondaire ou tertiaire, pour éviter des séquelles et développer une meilleure qualité de vie. De ces confluences surgit la possibilité de travailler ensemble en potentialisant les effets des deux pratiques.


Actuellement, le manque de conformité des “personnes – patients – usagers » avec l’attention médicale est fréquent. Les principales plaintes concernent l’attention (peu de temps, institutions médicales qui ressemblent à des supermarchés, bureaucratie intense, etc.), les caractéristiques des professionnels (manque de communication, cachés derrière des ordinateurs, n’examinent pas le corps, etc.), envahissement technologique (surestimation du rôle de la technologie, déshumanisation de l’attention, etc.) B. Gandini, Cours de Biodanza clinique, Faculté de médecine, UNC.


Clinique biocentrique – Biodanza clinique

Nous appelons clinique biocentrique l’inclusion du paradigme biocentrique dans l’exercice professionnel et/ou les travaux où la relation avec les personnes s’établit. Il demande un changement de perspective en mettant l’accent sur la relation avec les consultants et sur la santé-maladie et sur le traitement. Pour cela, il faut élargir le champ de la Biodanza en incluant les acteurs qui interviennent dans le processus de récupération de la santé.


Il est nécessaire d’entrer dans les espaces académiques des différentes médecines, manquant d’information et de formation sur la pensée biocentrique, en présentant la Biodanza et son potentiel de guérison en clinique, complémentaire aux traitements spécifiques, en ouvrant des espaces de formation pour les opérateurs de santé.


Simultanément, l’extension de Biodanza clinique donne les outils aux facilitateurs de Biodanza pour travailler dans le domaine de la santé, soit dans un système formel, santé publique et/ou privé, ou informel dans différents groupes et espaces communautaires.


Une façon de permettre l’insertion sociale de la Biodanza est d’entrer dans les institutions. Accéder au système de santé avec une proposition innovatrice comme la Biodanza n’est pas une tâche facile. Elle implique de reconnaître les singularités dans la formation de ses opérateurs, les codes et la culture de l’organisation pour présenter un projet qui résonne et soit valide pour l’institution. Un équilibre délicat entre l’établi et le nouveau qui ouvre la possibilité de réaliser des accords de complémentarité des chemins thérapeutiques en fonction de la qualité de vie des usagers.


La Biodanza clinique offre au système de santé un instrument qui contribue à modifier l’exercice dysfonctionnel de l’ « Art de Soigner » : elle rapproche les thérapeutes et l’équipe de santé des personnes qui les consultent en contribuant à établir une relation empathique et compréhensive, comprenant la santé comme une forme de souffrance humaine avec des vivencias de déséquilibre et de mal-être dans le corps et l’esprit qui demandent, au-delà d’atténuer la maladie, un processus très progressif de réhabilitation pour la vie. Clinique biocentrique et Biodanza clinique changent le paradigme dans l’exercice professionnel, dans l’efficacité des équipes de santé et des facilitateurs de Biodanza. Elle le centre sur le respect de la vie, sur les relations réciproques, éthiques, sur l’importance des liens affectifs. Dans l’exercice biocentrique, nous sommes tous engagés, nous sommes participants, protagonistes actifs d’un processus de guérison dans lequel nous partageons les responsabilités à partir des possibilités et savoirs de chacun et à partir des différents rôles des participants du groupe. La Biodanza a la solidité théorique, épistémologique et méthodologique qui permet, en intégrant les sciences et l’art, le transdisciplinaire dans un nouveau paradigme cohérent avec les développements scientifiques au service des besoins de l’espèce humaine pour son évolution.


Construire des ponts

Convoqué par l’Organisation Panaméricaine de la Santé/Organisation Mondiale de la Santé (OPS/OMS) et le Réseau Latino-américain de l’Art pour la Transformation Sociale (RLATS) entre le 17 et le 20 août 2009, on a réalisé à Lima le premier forum international « Art, Pont pour la Santé et le Développement »


Artistes, membres d’organisations d’art et de culture, travailleurs en lien avec la santé, l’éducation et le développement social, fonctionnaires et membres de la communauté académique et scientifique de quinze pays se sont réunis avec pour objectif de contribuer à la construction de relations et de synergies entre les personnes et les institutions dans les domaines de la santé, de l’art, de la culture et du développement, et d’avoir un impact plus créatif et effectif sur l’amélioration de la qualité de vie de nos populations.


Comme résultat de cette rencontre, les participants ont souscrit une déclaration avec un contenu scientifico-politico-social important qui mériterait d’être lu dans sa totalité.


Nous synthétisons ici en citant les paragraphes concernent le sujet que nous développons.


- L’art et la culture – intimement liés à la construction de l’identité individuelle et collective sont des droits inaliénables des personnes.


- L’art est un langage privilégié pour l’expression et la mobilisation des désirs et des émotions et devient donc un outil puissant qui promeut et répare la santé, permettant aux individus et aux communautés de réélaborer des situations critiques, douloureuses ou problématiques et promouvoir des scénarios pour leur vie meilleurs et plus heureux.


- L’art, par la créativité, l’imagination, la pensée critique et l’amour, promeut la réflexion et la projection de nouvelles réalités qui donnent l’impulsion à la création et au soutien d’une citoyenneté active, en faveur du changement social et de la consolidation des démocraties.


- L’art a en lui le pouvoir singulier de créer les conditions pour l’expression humaine dans sa plus large diversité d’âges, de genres, d’identités sexuelles, d’ethnies, de croyances religieuses et idéologiques et de conditions socio-économiques.


- Étant donné que l’art est une expression intégrante des dimensions psychiques, émotionnelles, sociales, culturelles, rationnelles, physiques et spirituelles des individus et des sociétés et qu’elle promeut des processus de transformation, c’est un vrai pont pour la santé et le développement. (Arte y Salud.new.paho.org/blog/Arte y salud).


Ces déclarations faites à Lima par des organismes internationaux de santé publique réaffirment, avec un apport transdisciplinaire, les principes de la Biodanza formulés dès le départ et développés dans le Paradigme biocentrique.


La reconnaissance de l’OMS et l’OPS de la valeur thérapeutique de l’art est un argument provenant du formel – institutionnel et habilitant l’inclusion de la Biodanza dans des activités du système de santé.


A Cordoba, entré dans la faculté de Médecine de l’UNC, avec le développement de l’extension de Biodanza clinique, le système Biodanza est reconnu pour sa consistance théorico-méthodologique et pour son potentiel thérapeutique complémentaire.


Biodanza clinique – L’art de vivre

Le chemin que parcourt Rolando Toro dans le développement de la Biodanza clinique part de l’application de la Biodanza avec différents cadres cliniques, en observant et enregistrant les résultats. Il écrit les pas pour une nouvelle psychiatrie, soulignant ce qu’il appelle les sept catastrophes existentielles.


Biodanza, Ars Magna, Art suprême inclus dans la formation de facilitateurs de Biodanza et le Projet Minotaure publié en 1988, sont les premiers approches thérapeutiques de la Biodanza. Plus spécifiquement orientées vers la clinique, elles décrivent la psychopathologie des dissociations et proposent des exercices et des danses qui promeuvent l’intégration.


L’extension Biodanza clinique se structure, élaborant les fascicules : Biodanza, traitement complémentaire pour différents cadres cliniques, Biodanza et diabète, Troubles gastro-intestinaux et hypertension artérielle.


Rolando Toro explique ainsi la Biodanza clinique:

« La proposition de la Biodanza clinique est née du constat que des améliorations dans le cadre clinique de certaines maladies étaient perçues chez les participants des groupes hebdomadaires de Biodanza. Le fait que certaines personnes malades vont mieux est dû aux exercices et danses proposés qui ont un effet psychosomatique. Le processus que propose la Biodanza a pour objectif fondamental la réhabilitation existentielle, ce qui veut dire avoir une valeur de prévention psychologique et une élévation de la qualité de Vie. »


La maladie apparaît comme un indicateur du besoin de redéfinir notre vitalité, notre mode de vie, elle demande des transformations dans le style de vie.


Elle demande, de plus, de cibler l’habitat, les conditions du contexte dans lequel vit l’être humain et son incidence sur la santé et la maladie.


Penser à la santé, au-delà des définitions classiques, demande de nous impliquer et de nous connecter avec la vie et ses va-et-vient entre ses bien-êtres, mal-êtres, amours, passions, colères chaos, tourbillons, calmes.


Tout ceci dans un corps-psyché qui habite un espace social avec lequel il interagit avec des modifications continues et mutuelles. La Biodanza a des effets d’intégration psychosomatique en stimulant la vitalité et la santé ; elle développe la rénovation organique, l’autorégulation, l’action sur le système intégrateur-adaptateur-limbique-hypothalamique (SIALH), l’action sur les fonctions trophotropes de réparation organique. L’acceptation de soi et de l’état actuel devant des situations critiques adverses douloureuses ou des maladies est essentielle pour commencer le processus de récupération. Par des vivencias de tendresse, de contact et de caresses, la Biodanza a un effet thérapeutique qui induit des changements dans l’affirmation existentielle de la personne.


La ligne de la créativité stimule la possibilité d’apprendre – désapprendre à créer un ordre, une beauté et une finalité à partir du chaos et du désordre, c’est l’élément de rénovation que nous appliquons à notre propre vie, nous créer nous-même, mettre la créativité dans chaque acte promeut l’adaptabilité intelligence et l’exercice de la liberté.


Relier l’art au travail groupal en amplifiant les ressources de la ligne de la créativité est un des chemins que nous choisissons pour générer un terrain propice, enrichi qui active les potentiels de la personne.


Déployer des langages expressifs de l’art, propres à l’espèce humaine, facilite l’expression des émotions, de notre communication, mobilise nos capacités, diminue les peurs et nous amène surtout à jouir sans critique ni jugement de valeur ce que nous faisons.


En Biodanza clinique, cela prend une dimension spéciale parce que, dans l’expression créative, l’identité se manifeste et se matérialise plus spécifiquement, se visualise dans une production concrète qui a un effet et dans laquelle le participant reconnaît la déflagration que les vivencias créent dans l’intériorité de sa personne.


L’art de vivre est le chemin auquel nous conduit le processus de Biodanza. La vie « en état d’art », la joie de danser la vie en créant et déployant à partir de nos possibles, en nourrissant l’existence avec des liens d’amour authentique.


Réhabilitation existentielle comme l’aurait dit Rolando Toro.

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Ecole de Biodanza Rolando Toro de Lyon, Association Vivre et Danser W691061660, ecolebiodanzalyon@sfr.fr +33(0)616861480

Mise à jour 12/10/2020

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